Edito


Pour faire un film de qualité, Jean GABIN avait coutume de dire qu’il faut trois choses : premièrement, un bon scénario, ensuite un bon scénario et enfin… un bon scénario !

Pour faire un cinéma comme La Trace, il faut aussi trois choses : premièrement, de la volonté politique, ensuite de la volonté politique et enfin… de la volonté politique !

C’est une évidence, sans la détermination et l’engagement financier des élus de la Communauté de Communes de la Vallée Verte, ce projet serait resté… un projet. Car le cinéma, comme de nombreuses activités économiques, se caractérise par une concentration du marché entre quelques enseignes, peu nombreuses, mais particulièrement puissantes.

Concrètement, 20% des établissements cinématographiques en France, majoritairement des multiplexes, réalisent 80% des entrées. Pour eux, la loi du marché est tout à fait compatible avec leur soif d’expansion et de profit.

Inversement, 80% des cinémas comme La Trace réalisent 20% des entrées. Dans ces conditions, le maintien d’un parc de salles, en dehors des zones commerciales, relève de la volonté politique. Pour vous comme pour nous, c’est juste une question de survie.

Avec 20 000 entrées par an soit environ 0,0001% de la fréquentation nationale, nous n’avons pas la prétention d’être déterminant pour la bonne santé du cinéma national. Cependant, nous revendiquons d’autres richesses :
  • une programmation faisant l’éloge de la diversité, avec notamment des films fragiles, qui ne trouvent pas de place dans les multiplexes.
  • un classement art et essai comme un label de qualité, pour la diffusion, l’animation et l’éducation aux images.
  • une politique tarifaire modérée pour favoriser la mixité sociale.
  • la proximité et l’aménagement du territoire.
  • le mieux vivre ensemble dans un cinéma singulier et pluriel.
Depuis plus de vingt ans, cette manière de penser et de faire le cinéma est au cœur de notre mission de service public. C’est un peu notre ADN, notre manière d’exister avec nos compagnons de la petite exploitation, salles fixes et circuits itinérants, gestion municipale ou privée…

Ici, à Villard, avec notre expérience et les forces vives de l’association qui m’accompagnent, nous sommes prêts pour investir ce nouveau décor, cette réalisation exemplaire, afin de permettre à chacune et à chacun, de se faire une toile en Vallée Verte.

Et si d’aventure, un résident ou un touriste venait à nous dire : « Quel beau cinéma, vous avez de la chance ! ». Nous leurs répondrons simplement « Pas du tout Monsieur, pas du tout Madame... La chance n’a rien à voir là dedans. C’est juste une question de volonté politique, rien que de la volonté politique et encore de la volonté politique ».


Thierry GEORGEL. «Inauguration, le 11 juin 2015»